Aliments autorisés / interdits

Allulose : autorisé aux États-Unis, bloqué dans l’UE, où en est le dossier

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Un Américain qui suit un régime cétogène achète son allulose au supermarché du coin. Un Français, non. Même molécule, même littérature scientifique, deux statuts réglementaires opposés, et une décision européenne tombée en juin 2025 qui a refermé le dossier sans le trancher sur le fond.

L’essentiel

  • Non autorisé dans l’Union européenne : au 1er août 2026, aucun allulose ne peut être légalement vendu comme aliment ou ingrédient en France.
  • Avis EFSA adopté le 6 mai 2025, publié le 5 juin 2025 : la sécurité du D-allulose « ne peut pas être établie », le demandeur n’ayant jamais répondu aux demandes de données complémentaires.
  • Aux États-Unis : lettre de non-objection de la FDA à Matsutani le 12 juin 2014 (notification GRN 498), puis exclusion des sucres totaux et ajoutés sur l’étiquette depuis le 19 octobre 2020, avec un facteur de 0,4 kcal/g.
  • Métabolisme : environ 70 % de la dose absorbée dans l’intestin grêle, dont la moitié aux deux tiers ressort intacte dans les urines. Dose unique maximale tolérée : 0,4 g/kg de poids corporel.
  • Autorisé ailleurs : Australie et Nouvelle-Zélande (7 août 2024), Chine (2 juillet 2025). Royaume-Uni : dossier reçu en 2021, toujours en évaluation.

Ce que l’EFSA a écrit en juin 2025

Le groupe scientifique de l’EFSA sur la nutrition, les nouveaux aliments et les allergènes (NDA) a adopté son avis le 6 mai 2025, pour publication au EFSA Journal le 5 juin 2025. La conclusion tient en une phrase : sur la base des données disponibles, la sécurité du D-allulose ne peut pas être établie.

Le dossier émanait de Petiva Europe SA et visait un usage très large, des boissons (1 à 3,5 %) à la confiserie (jusqu’à 70 %). Le panel a listé les manques : procédé de fabrication mal décrit (enzyme, ADN résiduel), deux à trois lots analysés au lieu des cinq attendus, stabilité non documentée, absence d’études de génotoxicité conformes aux lignes directrices de l’OCDE, données humaines manquantes, allergénicité des protéines résiduelles laissée en suspens.

Vient ensuite le passage le plus parlant. L’agence a écrit au demandeur pour obtenir ces éléments. Elle l’a relancé plusieurs fois. Aucune réponse.

Une sécurité « non établie » signale une absence de preuve. L’avis ne décrit aucun risque avéré, il constate un dossier incomplet. La différence compte pour lire la suite, y compris les commentaires enflammés sur un prétendu bannissement sanitaire européen.

Un sucre qui traverse l’organisme presque sans être utilisé

L’allulose, ou D-psicose, est un épimère du fructose, produit industriellement par conversion enzymatique de ce dernier. Son intérêt technologique est réel : pouvoir sucrant proche du sucre, brunissement à la cuisson, pas de recristallisation au refroidissement.

Le métabolisme explique le reste. Environ 70 % de la dose ingérée est absorbée dans l’intestin grêle, et 50 à 70 % de cette fraction ressort telle quelle dans les urines. Le solde descend dans le côlon, où il fermente peu. Rendement calorique final : de l’ordre de 0,4 kcal/g, contre 4 kcal/g pour le saccharose.

La revue publiée dans le British Journal of Nutrition par Hannelore Daniel, Hans Hauner, Mathias Hornef et Thomas Clavel retient une dose unique maximale tolérée de 0,4 g/kg de poids corporel et une dose quotidienne de 0,9 g/kg. Pour 70 kg : 28 g en une prise, 63 g sur la journée. Au-delà, ballonnements et selles liquides, comme avec n’importe quel polyol. Les mêmes auteurs énumèrent ce que la recherche n’a pas documenté : microbiote, sécrétion de GLP-1, modification des protéines par réaction de Maillard à la cuisson.

Sur la glycémie, un effet mesurable mais modeste

La méta-analyse la plus citée a paru dans PLOS ONE en 2023, signée Yuma Tani, Masaaki Tokuda, Naoki Nishimoto, Hideto Yokoi et Ken Izumori. Huit expériences issues de sept articles, 145 participants sains. À 10 g d’allulose, la différence moyenne standardisée sur la glycémie post-prandiale ressort à -0,26 (p = 0,03), soit une réduction de l’aire sous la courbe incrémentale de 13 à 14 %. À 5 g, l’effet est du même ordre.

Trois réserves accompagnent ce résultat. Les essais inclus sont petits. L’analyse de sensibilité montre qu’en retirer un seul déplace la conclusion. La signature compte aussi : parmi les auteurs figure Ken Izumori, le chercheur japonais à l’origine de la production industrielle des sucres rares, ce qui n’invalide rien mais mérite d’être su.

Sur l’échelle des niveaux de preuve, cela donne ceci. Établi : consommé seul, l’allulose ne provoque pas de montée glycémique. Probable : une atténuation modeste du pic glycémique d’un repas. Spéculatif : la perte de poids, les bénéfices métaboliques au long cours, la tolérance chez les personnes traitées.

GRAS contre autorisation préalable : deux systèmes, un seul ingrédient

Aux États-Unis, un industriel peut conclure lui-même qu’un ingrédient est « generally recognized as safe », notifier la FDA et attendre une lettre de non-objection. Matsutani a obtenu la sienne le 12 juin 2014 (notification GRN 498). L’ingrédient est alors sur le marché.

Le 19 octobre 2020, l’agence est allée plus loin : l’allulose peut être exclu des sucres totaux et des sucres ajoutés du tableau nutritionnel, avec un facteur calorique de 0,4 kcal/g. Il reste compté dans les glucides totaux et dans la liste d’ingrédients. Le mécanisme mérite d’être connu, car il explique les paquets américains qui circulent en photo : cette tolérance repose sur une enforcement discretion, un engagement de l’agence à ne pas poursuivre, en attendant une éventuelle procédure réglementaire.

L’Union européenne suit la logique inverse. Le règlement (UE) 2015/2283 classe comme nouvel aliment tout produit sans consommation significative dans l’UE avant le 15 mai 1997. Sans évaluation favorable de l’EFSA, puis sans acte de la Commission inscrivant l’ingrédient sur la liste de l’Union, la vente est interdite. Le même raisonnement gouverne les produits vendus en France, détaillé dans notre analyse de ce que la réglementation autorise aux produits « kéto ».

Autorisé en Australie, en Chine, toujours en attente au Royaume-Uni

Pendant que le dossier européen s’enlisait, d’autres autorités ont tranché. Food Standards Australia New Zealand a traité la demande A1247, portant sur le D-allulose obtenu avec une épimérase issue de Microbacterium foliorum, et publié son rapport d’approbation le 7 août 2024. Le demandeur, le coréen Samyang, a présenté cette décision comme la première autorisation de ce type obtenue au monde.

La Chine a suivi le 2 juillet 2025, avec une autorisation couvrant la voie fermentaire et la voie enzymatique, décrite là-bas comme le premier nouvel ingrédient alimentaire issu de micro-organismes génétiquement modifiés.

Le Royaume-Uni, sorti du système européen, n’a rien conclu. La demande RP-1130, déposée par l’allemand Savanna Ingredients GmbH et reçue par la Food Standards Agency le 10 juin 2021, figurait encore à l’étape « évaluation des risques en cours », la première des trois phases, quand nous avons consulté le registre. Cinq ans.

Ce que vous achetez si vous en commandez quand même

Des sachets circulent en ligne, expédiés des États-Unis ou revendus par des boutiques qui ignorent le statut européen. Aucune spécification de pureté opposable n’existe dans l’UE, puisqu’aucun texte ne l’a jamais définie ici : pas de critère officiel sur les protéines résiduelles, l’ADN de l’organisme producteur ou les sous-produits de la réaction enzymatique. Vous achetez le contrôle qualité du fabricant, sur parole.

Cette absence explique une frustration banale en cuisine cétogène. Les recettes de cookies venues des blogs américains reposent sur un ingrédient qui brunit et garde un cœur moelleux. Transposées à l’érythritol, elles donnent ce croquant sableux que tout pratiquant a déjà obtenu. La différence ne vient pas de votre four.

Les édulcorants autorisés, avec leurs propres limites

L’érythritol reste la référence des placards cétogènes européens, comme additif E 968. L’EFSA a publié sa réévaluation le 20 décembre 2023 et fixé une dose journalière admissible de 0,5 g/kg de poids corporel, dérivée de la plus faible dose n’ayant pas provoqué de diarrhée chez l’humain. Pour 70 kg, cela fait 35 g par jour, seuil vite franchi avec des pâtisseries dites sans sucre. L’agence a relevé que l’exposition dépasse cette DJA dans tous les groupes de population et maintenu l’avertissement sur les effets laxatifs. Sur le volet cardiovasculaire, elle n’a pas retenu de lien de causalité établi, un débat repris dans notre article sur l’érythritol et le cerveau.

Les glycosides de stéviol (E 960a à E 960d) conservent une DJA de 4 mg/kg par jour, en équivalents stéviol. Le panel FAF de l’EFSA a refusé de la relever à 6 ou 16 mg/kg dans un avis publié le 4 novembre 2024. Pour le fruit du moine, seul un extrait aqueux précis a été autorisé, par le règlement d’exécution (UE) 2024/2345 d’octobre 2024 ; les extraits purifiés de mogrosides, omniprésents aux États-Unis, restent hors circuit. Leur marketing mérite la même méfiance que le « sans sucres ajoutés » des rayons classiques.

Reste l’échéance. Un consortium formé fin 2021 par Samyang, Matsutani, Cosun Beet Company et Ingredion avait annoncé vouloir mutualiser ses données dans un dossier européen unique, en anticipant deux à trois ans de délai. Un second dossier, déposé par Tate & Lyle Ingredients Americas sous la référence 2019/1193, figure toujours parmi les demandes publiées par la Commission. Le blocage de 2025 est venu d’un demandeur qui a cessé de répondre. Tant que personne ne reprend le flambeau avec un dossier complet, l’allulose restera ce qu’il est en France : un ingrédient dont on parle, qu’on ne peut pas acheter.

Vos questions, nos réponses

Peut-on commander de l’allulose depuis les États-Unis pour son usage personnel ?

La mise sur le marché européen d’un nouvel aliment non autorisé est interdite, ce qui vise les vendeurs installés dans l’UE. Pour un colis personnel expédié depuis l’étranger, la situation est moins nette, mais le produit reste non conforme : il peut être bloqué au contrôle, et vous n’avez aucun recours en cas de qualité douteuse. Aucune spécification de pureté européenne n’existe pour cet ingrédient, faute d’autorisation. Le risque est administratif et financier avant d’être sanitaire.

L’allulose fait-il sortir de cétose ?

Les essais publiés ne montrent pas d’élévation de la glycémie quand l’allulose est consommé seul, ce que son métabolisme explique : environ 70 % absorbé, puis excrété en grande partie dans les urines, pour un rendement d’environ 0,4 kcal/g. Aux doses d’une recette, rien n’indique qu’il interrompe la cétose. Deux nuances : les produits transformés qui en contiennent apportent souvent d’autres glucides, et la tolérance digestive chute au-delà de 0,4 g/kg de poids corporel en une prise.

Pourquoi l’érythritol est-il autorisé et pas l’allulose ?

La différence tient d’abord à l’histoire administrative de chaque molécule. L’érythritol est entré dans le droit européen comme additif édulcorant, évalué de longue date, puis réévalué en 2023 avec une DJA de 0,5 g/kg. L’allulose est arrivé bien plus tard par la voie des nouveaux aliments, qui exige un dossier toxicologique complet porté par un industriel identifié. Ce dossier a calé en 2025, quand le demandeur a cessé de répondre à l’EFSA. Aucune hiérarchie scientifique là-dedans, une chronologie.

Avertissement. Cet article a une vocation d'information générale. Il ne constitue pas un avis médical et ne remplace pas une consultation. L'alimentation cétogène est déconseillée dans plusieurs situations (grossesse, allaitement, diabète de type 1, troubles rénaux ou hépatiques, antécédents de troubles du comportement alimentaire). Demandez l'avis d'un médecin ou d'un diététicien-nutritionniste avant de modifier votre alimentation.

Julien Juchereau

Julien Juchereau suit l'actualité de la nutrition et de l'alimentation cétogène pour RégimeKéto.fr. Il s'appuie sur les publications scientifiques, les avis des autorités sanitaires et le travail de diététiciens-nutritionnistes pour rendre le sujet lisible sans le simplifier à l'excès.