Études & science

Applis de suivi des glucides : ce que les bases de données se permettent

par

Compter ses glucides suppose une confiance implicite : celle que le chiffre affiché par l’application correspond à ce qu’il y a dans l’assiette. Cette confiance est mal placée plus souvent qu’on ne l’imagine, pour trois raisons cumulables : la base est alimentée par les utilisateurs, la définition légale des glucides change selon le pays, et les polyols brouillent le calcul. Voici ce que les études de validation ont mesuré, et la méthode pour vérifier un aliment avant de s’y fier.

L’essentiel

  • La validation la plus solide, publiée dans le Journal of Medical Internet Research en 2020, compare 100 relevés alimentaires de 50 participants à une table de composition de référence.
  • Les glucides y sont sous-estimés de 6,4 % en moyenne, les fibres de 21 %, avec un biais fixe d’environ 4 g par jour, le sodium de 51 % et le cholestérol de 77 %.
  • En Europe, le règlement 1169/2011 exclut déjà les fibres de la valeur « glucides » de l’étiquette. Aux États-Unis, elles y sont incluses.
  • Calculer des glucides nets sur un produit européen revient donc à soustraire deux fois les fibres.
  • Les polyols sont déclarés dans les glucides en Europe, avec un facteur énergétique de 2,4 kcal par gramme, et les applications les traitent de façon très variable.

Une base collaborative ne garantit rien, et c’est écrit

Les grandes applications de suivi doivent leur catalogue impressionnant à un choix technique assumé : les fiches sont créées par les utilisateurs. Ce modèle explique qu’on trouve à peu près n’importe quel produit, y compris régional ou éphémère. Il explique aussi qu’on trouve plusieurs fiches contradictoires pour le même article, sans moyen de savoir laquelle a été saisie correctement.

Les auteurs de l’étude de validation le formulent sans détour : la base est en partie construite par les utilisateurs, elle est donc intrinsèquement exposée à l’erreur. Une fiche mal saisie ne se corrige pas toute seule, et la popularité d’une entrée ne dit rien de sa justesse : elle signale simplement qu’elle apparaît en tête de recherche.

Un indice pratique permet de trier rapidement. Une fiche fiable porte des valeurs pour 100 g, une source identifiable, et un profil cohérent, autrement dit dont la somme des macronutriments correspond à peu près à l’énergie annoncée. Une fiche qui n’existe qu’en « une portion » sans poids est inexploitable.

Ce que la validation la plus sérieuse a trouvé

Le travail publié en 2020 dans le Journal of Medical Internet Research a comparé les calculs d’une application grand public à ceux d’une table de composition nationale, sur 100 relevés de quatre jours provenant de 50 participants, collectés à un mois d’intervalle.

Les résultats sont contrastés. L’énergie est très bien estimée, avec un écart de +1,3 % et une corrélation de 0,96. Les macronutriments s’en sortent honorablement : glucides à -6,4 %, protéines à -7,8 %, lipides à -1,7 %. Puis la qualité s’effondre dès qu’on descend d’un niveau. Les fibres sont sous-estimées de 21 %, avec un biais fixe d’environ 4 g par jour, le sodium de 51 %, le cholestérol de 77 %.

Pour un pratiquant cétogène, la ligne des fibres est la plus lourde de conséquences, puisque c’est elle qui sert au calcul des glucides nets dans les applications d’origine américaine. Une sous-estimation systématique des fibres gonfle le total de glucides nets et pousse à restreindre davantage que nécessaire. Précision importante : les participants avaient reçu un manuel et une formation, ce qui rend ces chiffres plutôt optimistes par rapport à un usage ordinaire.

Glucides totaux ou glucides nets : tout dépend du pays

C’est la source de confusion la plus coûteuse, et elle est purement réglementaire. Le règlement européen 1169/2011 définit les glucides comme les glucides métabolisés par l’être humain. Les fibres alimentaires en sont exclues et font l’objet d’une ligne distincte. La valeur lue sur un produit vendu en France correspond donc déjà aux glucides assimilables.

Aux États-Unis, le tableau nutritionnel affiche des total carbohydrates qui incluent les fibres. D’où la notion de net carbs, popularisée par la communauté cétogène anglophone : glucides totaux moins fibres. Cette soustraction est indispensable sur une étiquette américaine et parfaitement inutile sur une étiquette européenne, où elle conduit à compter les fibres en négatif.

Le problème surgit dès qu’une application mélange des fiches issues des deux systèmes, ce qui est la norme. Un même yaourt saisi par un utilisateur français et par un utilisateur américain produira deux valeurs différentes, toutes deux exactes dans leur référentiel. Vérifiez donc systématiquement la cohérence entre la ligne glucides de l’application et celle de l’emballage que vous avez en main.

Les polyols, angle mort du calcul

Maltitol, érythritol, xylitol, sorbitol : ces édulcorants de charge sont partout dans les produits estampillés sans sucre. En Europe, ils sont comptés dans les glucides, avec une ligne facultative « dont polyols », et leur facteur énergétique conventionnel est de 2,4 kcal par gramme contre 4 pour les autres glucides.

Les applications, elles, font ce qu’elles veulent. Certaines les déduisent intégralement, d’autres partiellement, d’autres pas du tout, et la fiche saisie par un utilisateur reflète le plus souvent la croyance de celui-ci plutôt qu’une règle. Le maltitol illustre bien le problème : son impact glycémique est réel, contrairement à ce que suggère son étiquetage, sujet que nous avons traité à propos des barres protéinées sans sucre. L’allulose et l’érythritol obéissent encore à d’autres règles de comptabilité.

La méthode pour vérifier un aliment en trois minutes

Elle tient en quatre gestes, et elle vaut mieux qu’un changement d’application.

Premier geste : partir de l’emballage réel, pas de la recherche par nom. Les valeurs pour 100 g imprimées sur le produit que vous avez acheté font foi, y compris contre la fiche la mieux notée de l’application.

Deuxième geste : pour les aliments bruts, sans étiquette, utiliser la table Ciqual de l’Anses, qui est la référence française publique et gratuite. Une viande, un fromage, un légume s’y trouvent avec des valeurs contrôlées, ce qui règle définitivement les cas courants, à commencer par les fromages.

Troisième geste : créer vos propres fiches personnelles pour les vingt à trente aliments qui composent l’essentiel de vos repas. Une fois saisies correctement, elles ne bougent plus, et elles éliminent la majorité des erreurs, puisque l’alimentation réelle est beaucoup plus répétitive qu’on ne le croit.

Quatrième geste : peser plutôt que d’utiliser les portions. « Une cuillère à soupe » ou « une part moyenne » sont les principaux vecteurs d’erreur, davantage que la base de données elle-même. Une balance de cuisine corrige plus d’écarts qu’un abonnement premium. Pour interpréter ce que ces grammes font réellement à la glycémie, notre article sur l’index glycémique des aliments donne le second niveau de lecture.

Ce qu’aucune application ne saura faire

Reste une limite qui ne relève ni du logiciel ni de la base. La composition d’un aliment varie d’un lot à l’autre, selon la variété, la maturité, le mode de cuisson. Une table de composition donne une moyenne, jamais la valeur de l’assiette précise que vous mangez. La tolérance admise par les guides européens sur les valeurs déclarées se compte d’ailleurs en pourcentages, pas en dixièmes de gramme.

La conséquence est libératrice plutôt qu’inquiétante : viser 20 g de glucides par jour au gramme près n’a aucun sens statistique. Ce qui compte, c’est la stabilité de la méthode dans le temps, la même balance, les mêmes fiches, les mêmes habitudes, pour comparer une semaine à une autre. Et si vous prenez un traitement dont l’ajustement dépend des glucides, en particulier une insulinothérapie, ces marges d’erreur doivent être connues du médecin qui vous suit, car elles concernent directement les doses.

Vos questions, nos réponses

Faut-il compter les glucides totaux ou les glucides nets en France ?

Sur un produit vendu en Europe, la valeur « glucides » de l’étiquette exclut déjà les fibres, conformément au règlement 1169/2011. Vous comptez donc cette valeur telle quelle, sans rien soustraire. La notion de glucides nets ne se justifie que sur une étiquette américaine, où les fibres sont incluses dans le total. Appliquer la soustraction sur un produit français revient à retirer deux fois les fibres et à sous-estimer votre apport réel.

Une application payante est-elle plus fiable ?

Pas nécessairement. Le tarif finance surtout des fonctions annexes, synthèses, objectifs, synchronisation d’objets connectés, rarement une vérification systématique des fiches. Le critère à regarder est la provenance des données : une application adossée à une table de composition officielle et verrouillée est plus fiable qu’une base ouverte, même très fournie. À défaut, vos propres fiches vérifiées valent mieux que n’importe quel abonnement.

Comment repérer une fiche fausse en un coup d’œil ?

Vérifiez la cohérence énergétique. Multipliez les glucides et les protéines par 4, les lipides par 9, additionnez : le total doit tomber près des calories annoncées, à quelques pour cent. Un écart important signale une saisie erronée. Méfiez-vous aussi des fiches sans valeurs pour 100 g, des noms de marque approximatifs et des entrées dont les macronutriments sont des nombres ronds, souvent tapés de mémoire.

Avertissement. Cet article a une vocation d'information générale. Il ne constitue pas un avis médical et ne remplace pas une consultation. L'alimentation cétogène est déconseillée dans plusieurs situations (grossesse, allaitement, diabète de type 1, troubles rénaux ou hépatiques, antécédents de troubles du comportement alimentaire). Demandez l'avis d'un médecin ou d'un diététicien-nutritionniste avant de modifier votre alimentation.
Avatar photo

Julien Juchereau

Julien Juchereau suit l'actualité de la nutrition et de l'alimentation cétogène pour RégimeKéto.fr. Il s'appuie sur les publications scientifiques, les avis des autorités sanitaires et le travail de diététiciens-nutritionnistes pour rendre le sujet lisible sans le simplifier à l'excès.