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Régime cétogène : dernier des dix régimes classés par l’American Heart Association

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Dix régimes populaires, une grille d’évaluation, une note sur cent. En avril 2023, l’American Heart Association a classé le cétogène dernier, avec 31 points. Le chiffre circule beaucoup, souvent sans son mode d’emploi. Voici ce qu’il mesure exactement — et ce qu’il ne mesure pas.

L’essentiel

  • Le régime cétogène obtient 31 sur 100 et se classe dernier des dix régimes évalués par l’American Heart Association.
  • Le classement mesure l’alignement avec les recommandations cardiovasculaires de l’AHA — pas l’efficacité sur le poids.
  • Quatre reproches précis : éviction des fruits, céréales et légumineuses, manque de fibres, excès de graisses saturées, difficulté à tenir dans la durée.
  • Le régime DASH obtient le score maximal de 100, le méditerranéen 89.

En avril 2023, l’American Heart Association a publié une déclaration scientifique notant dix régimes alimentaires populaires de 1 à 100 selon leur conformité à ses recommandations pour la santé cardiovasculaire : le régime cétogène y termine dernier, avec 31 points. Le document, paru dans la revue Circulation, a été rédigé par un comité présidé par Christopher D. Gardner, de l’université Stanford. C’est aujourd’hui la référence la plus citée quand on cherche à situer le cétogène face aux autres approches alimentaires. Encore faut-il comprendre ce que la note évalue.

Le classement, dans son intégralité

Le régime DASH, conçu à l’origine contre l’hypertension, obtient le score parfait de 100. Suivent le pescétarien à 92, le méditerranéen à 89, le végétarien à 86. Le végétalien et le régime pauvre en graisses partagent 78 points, le très pauvre en graisses en obtient 72.

La chute se produit ensuite. Le régime pauvre en glucides descend à 64, le paléolithique à 53, et le cétogène ferme la marche à 31. L’écart de près de soixante-dix points entre le premier et le dernier n’est pas anodin : les experts n’ont pas départagé des approches voisines, ils ont constaté deux philosophies alimentaires opposées.

Ce que la note mesure réellement

C’est le point que la reprise médiatique escamote le plus souvent. La grille évalue l’alignement de chaque régime avec les recommandations diététiques 2021 de l’AHA en matière de santé du cœur. Elle ne mesure ni la perte de poids obtenue, ni l’effet sur la glycémie, ni la satisfaction des personnes qui le suivent.

Un score de 31 signifie donc : « ce régime s’écarte fortement de ce que nous recommandons pour protéger vos artères ». Il ne signifie pas « ce régime ne fait pas maigrir ». Confondre les deux revient à reprocher à un marteau de mal visser. La nuance compte d’autant plus que beaucoup de gens adoptent le cétogène pour une raison — le poids — que ce classement n’aborde pas.

Les quatre reproches adressés au cétogène

Le premier tient à ce que le régime exclut. En supprimant l’essentiel des glucides, il écarte les fruits, les céréales complètes et les légumineuses — trois familles que l’AHA place au cœur de son modèle. Le deuxième découle du premier : l’apport en fibres devient insuffisant, avec les conséquences connues sur le transit, le microbiote et le cholestérol.

Le troisième porte sur les graisses saturées, présentes en quantités élevées dans la plupart des versions du régime. Le quatrième est d’ordre pratique : l’adhésion sur le long terme est difficile. Sur ce dernier point, l’AHA rejoint une observation que l’Afssa formulait dès 2002 en parlant d’une « acceptabilité médiocre » liée à l’apport très élevé en lipides. Vingt ans et deux continents séparent ces deux constats, qui disent la même chose.

L’argument le plus gênant pour le cétogène

Une remarque du rapport dépasse le cadre cardiovasculaire et touche à la promesse même du régime : le cétogène ne s’est pas montré plus efficace pour la perte de poids que des régimes moins restrictifs sur le long terme.

Si l’on met bout à bout les deux conclusions — un profil défavorable pour le cœur, et pas de supériorité démontrée sur la durée pour maigrir — le rapport bénéfice-contrainte devient difficile à défendre pour une personne en bonne santé qui cherche simplement à perdre du poids. C’est cette lecture combinée, plus que la note de 31, qui mérite d’être retenue.

Les limites de l’exercice

Honnêteté oblige : noter un régime sur cent suppose de figer une pratique qui varie énormément d’une personne à l’autre. Un cétogène construit autour d’huile d’olive, d’avocat, de poissons gras et de légumes verts n’a pas le même profil lipidique qu’un cétogène de charcuterie et de beurre. La grille évalue un modèle théorique, pas votre assiette.

Par ailleurs, l’AHA est une société savante cardiovasculaire : sa grille reflète légitimement sa mission. Un organisme spécialisé en neurologie ou en diabétologie n’utiliserait pas les mêmes critères — et c’est précisément pourquoi le cétogène conserve des indications reconnues dans d’autres champs, notamment l’épilepsie résistante aux traitements.

Ce qu’il faut en faire concrètement

Ce classement n’est pas un verdict, c’est un signal d’orientation. Il indique qu’une personne présentant un risque cardiovasculaire — antécédents familiaux, cholestérol élevé, hypertension — a de bonnes raisons de discuter d’un projet cétogène avec son médecin avant de s’y engager, plutôt qu’après.

Il suggère aussi une piste pour ceux qui tiennent au faible apport en glucides : le régime « pauvre en glucides », noté 64, obtient plus du double du score du cétogène. Entre le tout et le rien, il existe un espace que ce classement rend visible.

Vos questions, nos réponses

L’American Heart Association déconseille-t-elle le régime cétogène ?

Elle le classe dernier des dix régimes évalués pour la santé cardiovasculaire, avec 31 points sur 100, en pointant quatre problèmes précis. C’est une évaluation défavorable, formulée dans le champ qui est le sien : le cœur et les vaisseaux. Elle ne se prononce pas sur les usages thérapeutiques du cétogène dans d’autres spécialités.

Un score de 31 sur 100 signifie-t-il que le régime est dangereux ?

Non. Le score mesure un écart aux recommandations, pas un niveau de danger. Un régime peu aligné avec les recommandations cardiovasculaires n’est pas automatiquement nocif pour tout le monde, mais il cumule des caractéristiques — peu de fibres, beaucoup de graisses saturées — que l’AHA associe à un risque accru sur la durée.

Quel régime arrive en tête, et pourquoi ?

Le régime DASH obtient 100 sur 100. Il s’appuie sur les légumes, les fruits, les céréales complètes, les légumineuses et les produits laitiers pauvres en matières grasses, tout en limitant le sel, les sucres ajoutés et les graisses saturées. Les régimes pescétarien (92) et méditerranéen (89) le suivent de près, avec une logique voisine.

Où consulter le document original ?

La déclaration scientifique a été publiée le 27 avril 2023 dans Circulation, la revue de l’American Heart Association, sous la direction de Christopher D. Gardner. Une synthèse grand public est également disponible sur le site heart.org. Le document est en anglais.

Avertissement. Cet article a une vocation d'information générale. Il ne constitue pas un avis médical et ne remplace pas une consultation. L'alimentation cétogène est déconseillée dans plusieurs situations (grossesse, allaitement, diabète de type 1, troubles rénaux ou hépatiques, antécédents de troubles du comportement alimentaire). Demandez l'avis d'un médecin ou d'un diététicien-nutritionniste avant de modifier votre alimentation.

Julien Juchereau

Julien Juchereau suit l'actualité de la nutrition et de l'alimentation cétogène pour RégimeKéto.fr. Il s'appuie sur les publications scientifiques, les avis des autorités sanitaires et le travail de diététiciens-nutritionnistes pour rendre le sujet lisible sans le simplifier à l'excès.