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Chute de cheveux au troisième mois de cétogène : le calendrier réel

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Vous tenez le cétogène depuis dix ou douze semaines, la balance vous donne raison, et un matin la bonde de la douche vous contredit. La chronologie de cette chute n’a rien d’aléatoire : elle est inscrite dans le cycle du cheveu, elle était prévisible dès le jour où vous avez creusé votre déficit calorique, et elle se répare presque toujours. Encore faut-il savoir ce qu’on regarde.

L’essentiel

  • L’effluvium télogène apparaît 2 à 3 mois après son déclencheur, jamais tout de suite : c’est la durée pendant laquelle un cheveu basculé au repos reste accroché avant de tomber.
  • Le coupable est le déficit énergétique, pas la cétose. La matrice du follicule pileux a l’un des taux de renouvellement cellulaire les plus élevés de l’organisme, et elle est mise en veille dès que les calories manquent.
  • Une méta-analyse portant sur 18 études et 2 538 patients opérés de chirurgie bariatrique retrouve une prévalence de 57 %, un début à 3,4 mois et une résolution vers 9 mois. Ces patients ne sont pas des pratiquants du cétogène : l’extrapolation a ses limites.
  • Trois dosages ressortent statistiquement dans cette même méta-analyse : folates (p < 0,0001), ferritine (p = 0,01), zinc (p = 0,05). Le fer sérique et la vitamine B12, eux, ne sont pas associés.
  • Une série rétrospective de 140 patients publiée dans Annals of Dermatology décrit une amélioration spontanée en 4,8 mois en moyenne, sans aucun traitement.

Pourquoi trois mois, et pas trois semaines

Un cheveu passe l’essentiel de sa vie en phase anagène, celle de la pousse active, qui dure plusieurs années et concerne environ 85 à 90 % de votre chevelure à un instant donné. Vient ensuite une brève phase catagène de régression, puis la phase télogène, un repos d’environ trois mois au terme duquel le cheveu est expulsé par celui qui repousse dessous.

Un stress métabolique, quel qu’il soit, ne fait pas tomber les cheveux. Il fait basculer prématurément en phase télogène une proportion anormale de follicules qui étaient en pleine croissance. Ces cheveux-là restent en place, muets, pendant les trois mois réglementaires. Puis ils tombent tous à peu près en même temps.

D’où le décalage qui déroute tout le monde : quand la chute devient visible, la cause remonte à un trimestre. Si vous avez démarré votre cétogène début mai avec un déficit franc, ce que vous ramassez début août a été décidé en mai. C’est aussi pour cela que durcir le régime au moment de la chute est exactement le contraire de ce qu’il faut faire.

Le déclencheur est le déficit, pas la cétose

La littérature dermatologique est constante sur ce point : dans les effluviums télogènes associés à un amaigrissement, c’est la restriction calorique qui précipite le phénomène, plus que la perte de poids elle-même. Le follicule pileux est un organe coûteux, dont la matrice se renouvelle à une vitesse comparable à celle de l’épithélium intestinal ou de la moelle osseuse. Quand l’organisme arbitre, il ne défend pas les cheveux.

La série rétrospective coréenne publiée dans Annals of Dermatology chiffre le contexte : 140 patients (110 femmes, 30 hommes, âge moyen 34,6 ans), une perte de poids moyenne de 15,2 % du poids initial, à une vitesse de 3,54 kg par mois. Rien dans ce tableau n’est spécifique au cétogène. Un régime hypocalorique classique mené au même rythme produit le même résultat.

Ce que le cétogène ajoute, c’est un déficit souvent plus profond que prévu, parce que la satiété induite par les lipides et les protéines fait manger moins sans qu’on s’en rende compte. Le suivi honnête de vos apports, sujet que nous traitons dans notre article sur les macros en cétogène, est ici plus utile qu’un complément.

Ce que la chirurgie bariatrique apprend, et ce qu’elle ne dit pas

La meilleure série de données disponible ne porte pas sur le cétogène. Une revue systématique avec méta-analyse a regroupé 18 études et 2 538 patients opérés d’une chirurgie métabolique et bariatrique. Prévalence de la chute : 57 % (intervalle de confiance à 95 % : 42 à 71 %), avec 58 % avant douze mois postopératoires contre 35 % au-delà. Le début se situe à 3,4 mois en moyenne, la résolution autour de 9 mois. Être une femme multiplie le risque par près de quatre (odds ratio 3,87), et les patients touchés sont en moyenne plus jeunes de 2,45 ans.

Ces chiffres ne se transposent pas tels quels. Un patient opéré cumule une malabsorption anatomique, un apport alimentaire réduit à quelques centaines de calories les premières semaines et une supplémentation obligatoire. Un pratiquant du cétogène a un tube digestif intact et mange à sa faim. Les auteurs eux-mêmes signalent que la majorité des études incluses sont observationnelles rétrospectives et qu’il n’existe pas de critère diagnostique standardisé. Autrement dit : le calendrier est probablement transposable, les carences ne le sont pas mécaniquement.

Ferritine, folates, zinc : les trois qui ressortent

La même méta-analyse a testé les nutriments un par un. Trois sortent du lot : les folates (p < 0,0001), la ferritine (p = 0,01) et le zinc (p = 0,05, à la limite). Deux ne sortent pas : le fer sérique (p = 0,24) et la vitamine B12 (p = 0,51). Ce détail compte, parce que beaucoup de gens font doser un fer sérique, le trouvent normal et s’arrêtent là. C’est la ferritine qui reflète les réserves.

Les folates sont le point faible logique d’un cétogène mal construit : ils viennent des légumes verts à feuilles, des légumineuses et des produits céréaliers enrichis, dont deux catégories sur trois disparaissent du menu. Le zinc, lui, est plutôt bien couvert par une alimentation riche en viande, en fruits de mer et en abats. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle la recommandation bariatrique de 30 mg de zinc par jour n’a aucune raison d’être appliquée les yeux fermés hors contexte chirurgical : l’EFSA situe la limite supérieure de sécurité chez l’adulte à 25 mg par jour, et un excès chronique de zinc entrave l’absorption du cuivre. Notre article sur le foie et les abats en cétogène détaille cet équilibre fer, cuivre et rétinol, qui se dérègle vite quand on empile les compléments.

Le calendrier de la repousse, sans promesse

La bonne nouvelle est solide et vérifiable. Dans la série des 140 patients, l’amélioration est survenue en moyenne 4,83 mois après le début de la chute, sans traitement d’aucune sorte. Dans les données bariatriques, la résolution se situe autour de 9 mois.

Concrètement, une fois le déficit énergétique corrigé, comptez environ trois mois pour que la chute s’arrête, parce qu’il faut vider le stock de follicules déjà basculés en télogène. Les repousses apparaissent ensuite sous forme de cheveux courts et hérissés sur le front et les tempes, qui poussent au rythme d’environ un centimètre par mois. Il faut donc six mois pour obtenir six centimètres, et la densité perçue ne redevient normale qu’au bout de neuf à douze mois. Aucun complément ne raccourcit ce calendrier : il est imposé par la vitesse de pousse du cheveu, qui ne se négocie pas.

Quand ce n’est pas un effluvium télogène

Trois situations doivent envoyer chez le médecin plutôt que chez le vendeur de gélules. Une chute qui dessine un motif, golfes temporaux et sommet du crâne chez l’homme, raie qui s’élargit chez la femme, oriente vers une alopécie androgénétique que le régime n’a fait que révéler. Des plaques rondes et nettes, sans cheveu du tout, évoquent une pelade. Une chute qui dure au-delà de six mois malgré une alimentation redevenue normale sort du cadre de l’effluvium aigu et justifie un bilan, thyroïdien notamment.

Dans tous les cas, le cétogène ne dispense pas d’un avis médical, et rien de ce qui précède ne remplace un examen. Si vous perdez du poids plus vite que prévu, c’est cette vitesse qu’il faut discuter en premier.

Vos questions, nos réponses

Faut-il arrêter le cétogène quand les cheveux tombent ?

Pas nécessairement, mais il faut arrêter le déficit énergétique, ce qui n’est pas la même chose. Remonter les calories jusqu’à la maintenance tout en restant en cétose est parfaitement faisable, et c’est le levier qui agit sur le follicule. Comptez environ trois mois avant que la chute cesse, le temps que les cheveux déjà engagés en phase télogène finissent de tomber. Si la chute persiste au-delà de six mois, consultez.

Les compléments capillaires servent-ils à quelque chose ?

Ils corrigent une carence quand elle existe, et rien d’autre. Les dosages qui ressortent dans la littérature sont la ferritine, les folates et le zinc : faites-les mesurer avant de supplémenter, plutôt que l’inverse. Empiler des gélules à l’aveugle expose à un excès, notamment de zinc, dont la limite supérieure de sécurité européenne est de 25 mg par jour chez l’adulte, et qui gêne l’absorption du cuivre au-delà.

Vais-je retrouver la même densité qu’avant ?

Dans l’immense majorité des effluviums télogènes aigus, oui, à condition que la cause ait cessé. La série rétrospective de 140 patients rapporte une amélioration spontanée chez tous, en moins de cinq mois en moyenne, sans traitement. La réserve porte sur les personnes qui avaient déjà une alopécie androgénétique débutante : l’effluvium ne l’a pas créée, mais il l’a démasquée, et cette part-là ne repousse pas d’elle-même.

Avertissement. Cet article a une vocation d'information générale. Il ne constitue pas un avis médical et ne remplace pas une consultation. L'alimentation cétogène est déconseillée dans plusieurs situations (grossesse, allaitement, diabète de type 1, troubles rénaux ou hépatiques, antécédents de troubles du comportement alimentaire). Demandez l'avis d'un médecin ou d'un diététicien-nutritionniste avant de modifier votre alimentation.
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Julien Juchereau

Julien Juchereau suit l'actualité de la nutrition et de l'alimentation cétogène pour RégimeKéto.fr. Il s'appuie sur les publications scientifiques, les avis des autorités sanitaires et le travail de diététiciens-nutritionnistes pour rendre le sujet lisible sans le simplifier à l'excès.